Comme on dit ici chez nous au Burkina Faso, un baobab est tombé en ce jour 28 août 2023 : c’est avec une grande tristesse que j’ai appris le décès de mon ami Jacques Chevrier en étant assis dans mon village pour des vacances.
J’ai connu Jacques Chevrier, d’abord en 1976, à travers son grand ouvrage Littérature nègre qui a été mon livre de chevet dès 1977, quand je suis arrivé en France pour poursuivre mes études de Littératures africaines. Depuis, je ne me suis plus jamais séparé de l’ouvrage jusqu’à nos jours.
Quand, en 1990, à l’Université de Ouagadougou, nous avons mis en place le Réseau d’Etudes sur les Littératures du Sahel (RELIS), suite au premier grand colloque dont j’étais l’organisateur, j’ai eu l’immense privilège de rencontrer celui qui allait devenir un ami pour moi : en effet, ayant été désigné Coordonnateur de ce réseau, il me revenait de contacter tous les grands noms de la littérature africaine pour nous accompagner dans cette aventure. Et c’est ainsi qu’en 1992, par l’entremise d’un autre grand de la littérature africaine, j’ai nommé le Professeur Jean-Marie Grassin, il m’a été donné de rencontrer physiquement Jacques Chevrier à l’Université de Limoges, dans le cadre d’une manifestation scientifique du RELIS. Il m’a tout de suite adopté en m’encourageant dans mes responsabilités de Président du RELIS et m’a prodigué des conseils qui m’ont permis de connaître le milieu des « Africanistes » des universités françaises.
J’ai continué à le rencontrer régulièrement à Limoges, dans le cadre des activités scientifiques de l’Université de la Francophonie et du Festival international des Francophonies dont il était membre du Conseil d’administration. Nos relations se sont renforcées au point où il a fait de moi son ami. C’est ainsi qu’il n’a pas hésité à me solliciter pour être membre du jury de la thèse de mon ancien étudiant de l’Université de Ouagadougou, j’ai nommé Alain Joseph Sissao à l’Université Paris 12 Créteil. Ensuite, quand il est arrivé à l’Université Paris-4 Sorbonne, il m’a associé au jury de la thèse d’une autre de ses doctorantes. En plus de ces sollicitations, nous nous sommes rencontrés dans d’autres jurys d’Habilitation à diriger les Recherches (HDR), notamment celle de Christiane Albert, à l’Université de Pau et des Pays de l’Addour.
Il a participé à des colloques que j’ai organisés au Burkina, en 1996, 1998, 2000 et 2002.
Le plus grand souvenir que je garde de mon ami Jacques Chevrier, c’était au Festival Panafricain d’Alger, le PANAF, en 2009. En effet, membre de la délégation du Burkina Faso, nous avons partagé de bons moments ensemble, lors des différents colloques organisés à cette occasion. Mais surtout, c’est à Alger que j’ai appris mon inscription sur la Liste d’Aptitude aux Fonctions de Professeur Titulaire (LAFPT) du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur, CAMES. Je m’en souviens comme si c’était hier : Jacques Chevrier fut la première personne avec laquelle j’ai partagé ma joie et il m’a vivement félicité en me disant que c’était la récompense du travail qu’il m’a vu abattre depuis que nous nous connaissions. En bon Africain, je peux affirmer que c’est Dieu qui a voulu que Jacques Chevrier fût la première personne qui a partagé ma joie, quelqu’un qui me connaît de longue date, qui a suivi mon évolution dans la carrière universitaire, qui a su apprécier mon travail scientifique.
C’est donc un ami, un guide, un maître qui s’en est allé, laissant tous ces élèves, ses successeurs, ses admirateurs, orphelins. Mais qui sont décidés à poursuivre l’héritage qu’il leur a laissé. Cet héritage, je le résume en AMOUR DU TRAVAIL BIEN FAIT, CONFIANCE EN SOI, ALTERITE, FOI EN LES ECRIVAINS AFRICAINS, AMOUR SINCERE POUR L’AFIRQUE.
Repose en paix cher ami.
Tondogosso, au Burkina Faso, le 1er septembre 2023
M. Salaka SANOU
Professeur Titulaire de Littératures Africaines
Etudes Culturelles Africaines
Université Joseph Ki-Zerbo
Ouagadougou
Burkina Faso